Lex Koller

Durcissement en vue de l'acquisition immobilière par des personnes à l’étranger

Final regulations
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  • 08/05/26

La « lex Koller », qui régit depuis 1985 l'acquisition d'immeubles en Suisse par des personnes à l’étranger, est sur le point de faire l’objet de modifications substantielles visant à restreindre les possibilités d’accès à la propriété immobilière en Suisse. Dans le cadre des mesures d'accompagnement liées à l'initiative populaire « Pas de Suisse à 10 millions ! », le Conseil fédéral propose de durcir significativement les conditions d'achat par des personnes à l'étranger : nouvelles autorisations pour les résidences principales des ressortissants d'États tiers, fin des acquisitions d'immeubles commerciaux à des fins de pur placement, restriction de l’achat de logements de vacances et soumission au régime d’autorisation des parts de sociétés immobilières cotées en bourse. L'avant-projet est en consultation jusqu'au 15 juillet 2026.

Contexte

En vigueur depuis le 1er janvier 1985, la loi fédérale sur l'acquisition d'immeubles par des personnes à l'étranger (LFAIE), plus connue sous le nom de « lex Koller », a pour objectif de prévenir l'emprise étrangère sur le sol suisse en soumettant à un régime d'autorisation l'acquisition de biens immobiliers en Suisse par des personnes, aussi bien physiques que morales, qualifiées de « personnes à l’étranger ».

Cette notion de « personne à l’étranger », définie à l'art. 5 LFAIE, englobe non seulement les personnes physiques et morales domiciliées ou ayant leur siège à l'étranger, mais également les ressortissants d'États tiers (hors UE/AELE) résidant en Suisse avec une simple autorisation de séjour (permis B), ainsi que les personnes morales ayant leur siège en Suisse mais dans lesquelles des personnes à l'étranger occupent une position dominante.

La lex Koller a toutefois fait l’objet de plusieurs assouplissements successifs au cours des dernières décennies. A titre d’exemple, depuis 2002, les ressortissants de l'UE et de l'AELE domiciliés en Suisse sont exemptés du régime de l'autorisation pour toute acquisition d'immeuble. De la même manière, sont également dispensés de l’obtention de toute autorisation les ressortissants d'États tiers titulaires d'une autorisation d’établissement (permis C).

Par ailleurs, les personnes à l'étranger peuvent à l’heure actuelle acquérir, sans avoir à obtenir quelconque autorisation préalable, des immeubles permettant l’exercice d’une activité commerciale, artisanale ou libérale, y compris à des fins de pur placement de capitaux, et détenir sans restriction des parts de sociétés immobilières cotées en bourse ou de fonds immobiliers.

Le Conseil fédéral estime désormais que ces assouplissements sont allés trop loin. Le 15 avril 2026, le Département fédéral de justice et police (DFJP) a ouvert la procédure de consultation sur un avant-projet de révision visant à durcir significativement les conditions d'acquisition d'immeubles par des « personnes à l'étranger ».

Pourquoi de telles mesures ?

Ce projet de révision s'inscrit dans le cadre des mesures d'accompagnement décidées par le Conseil fédéral le 29 janvier 2025 en lien avec l'initiative populaire « Pas de Suisse à 10 millions ! » (dite « initiative pour la durabilité »).

Cette initiative vise à limiter la croissance démographique de la Suisse. Le Conseil fédéral recommande toutefois de la rejeter, estimant que son adoption serait néfaste pour l'économie, la prospérité, la sécurité et le fonctionnement de la société. Il reconnaît cependant que l'immigration et la croissance démographique posent des défis réels, notamment sur le marché du logement. C'est pourquoi, plutôt que d'accepter l'initiative, le Conseil fédéral propose un ensemble de mesures d'accompagnement dans les domaines du marché du travail, du logement et de l'asile, le durcissement de la lex Koller constituant l'une de ces mesures.

L'objectif de ce texte est clair : dans un marché du logement extrêmement tendu, le Conseil fédéral souhaite que les immeubles et les sociétés immobilières soient davantage disponibles pour la population résidente et les investisseurs suisses, réduisant ainsi l'attrait de la Suisse pour les investisseurs immobiliers étrangers.

Principales modifications envisagées

Les mesures proposées s'appliquent à l'ensemble des « personnes à l'étranger » au sens de l'art. 5 LFAIE. Les ressortissants UE/AELE domiciliés en Suisse, tout comme les ressortissants d'États tiers titulaires d’un permis C, resteront exemptés du régime de l'autorisation et ne seront donc pas touchés par ces modifications si celles-ci entraient en vigueur en l’état.

En revanche, les ressortissants UE/AELE non domiciliés en Suisse, les ressortissants d'États tiers (à l'exception des titulaires d'un permis C) et les personnes morales domiciliées à l’étranger ou dominées par des personnes à l'étranger sont concernés par tout ou partie des mesures suivantes.

L'avant-projet prévoit de soumettre à autorisation l'acquisition de résidences principales par les ressortissants d'États tiers domiciliés en Suisse et titulaires d’un permis B. En l’état de la législation actuelle, un ressortissant d'un État tiers titulaire d'un permis B peut acheter librement un logement pour son propre usage. 

Point essentiel de cette mesure : si un tel ressortissant, devenu propriétaire d'un bien immobilier en Suisse, venait à déménager, que ce soit à l'étranger, dans une autre commune suisse ou même dans un autre logement de la même commune, il serait désormais tenu de revendre l'immeuble dont il est propriétaire dans un délai de deux ans. Cette obligation vise à empêcher que des résidences principales soient acquises à des fins détournées de placement de capitaux. À défaut de revente dans le délai imparti, l'autorité compétente pourra ordonner la vente de gré à gré ou la réalisation forcée de l'immeuble. 

Cette mesure s'applique à toutes les personnes à l'étranger, y compris les ressortissants UE/AELE non domiciliés en Suisse ainsi que les personnes morales dont le siège est à l’étranger.

Actuellement, les personnes à l'étranger peuvent acquérir des immeubles servant d'établissement stable sans autorisation, y compris pour les louer à des tiers.

L'avant-projet prévoit que seul l'acquéreur qui exploite lui-même l'établissement en question sera exempté de l'obligation d'obtenir une autorisation, et ce quelle que soit sa nationalité.

A l’inverse, l'acquisition d'immeubles commerciaux à des fins de pur placement, c’est-à-dire ceux acquis pour être loués sans être exploités personnellement, sera à nouveau soumise au régime de l'autorisation et, en pratique, quasiment interdite, les motifs d'autorisation étant très restrictifs.

Précision : Les sociétés ayant leur siège à l’étranger devront toutefois en premier lieu constituer une filiale dont le siège est en Suisse pour pouvoir acquérir, par son intermédiaire et sans autorisation, un immeuble servant d’établissement stable.

Deux mesures sont envisagées pour restreindre l'acquisition de logements de vacances et d'habitation dans des apparthôtels par l'ensemble des personnes à l'étranger :

  • Réduction des contingents cantonaux : les cantons disposeront de contingents annuels d'autorisations réduits pour ce type d'acquisitions, ce qui limitera mécaniquement le nombre de logements de vacances pouvant être vendus à des personnes à l'étranger.
  • Réassujettissement des transferts réalisés entre personnes à l'étranger : depuis 2002, lorsqu'une personne à l'étranger acquérait un logement de vacances d'une autre personne à l'étranger, cette transaction n'était pas comptabilisée dans le contingent cantonal. L'avant-projet prévoit de soumettre à nouveau ces transferts au régime de l'autorisation et de les imputer sur les contingents.

La Lex Koller prévoit actuellement que les personnes à l'étranger, quelle que soit leur nationalité ou leur lieu de domicile, peuvent acquérir librement des parts de sociétés d'immeubles d'habitation cotées en bourse, ainsi que des parts de fonds immobiliers et de SICAV immobilières régulièrement négociées sur le marché.

L'avant-projet prévoit de supprimer cette exemption pour toutes les personnes à l'étranger. L'acquisition de ces instruments sera à nouveau soumise au régime de l'autorisation. Étant donné le caractère très restrictif des motifs d'autorisation, cette mesure reviendra dans les faits à une quasi-interdiction.  Le Conseil fédéral justifie ce retour en arrière par le fait que le sol suisse ne doit pas servir aux placements de capitaux étrangers à des fins de rendement ou de spéculation, et que l'accroissement des acquisitions de parts par des personnes à l'étranger renforce leur emprise sur le sol suisse. 

Suite du processus

Le texte est actuellement au stade d'avant-projet mis en consultation. Les milieux intéressés (cantons, partis politiques, associations professionnelles et autres acteurs concernés) ont jusqu'au 15 juillet 2026 pour faire part de leurs observations au Conseil fédéral.

À l'issue de la consultation, le Conseil fédéral analysera les résultats et élaborera un message accompagné d'un projet de loi qu'il soumettra à l'Assemblée fédérale (Conseil national et Conseil des États). Les modifications devant être édictées sous la forme d'une loi fédérale (conformément à l'art. 164 al. 1 Cst.), elles devront être approuvées par les deux chambres du Parlement. Une fois adoptée, la modification sera, le cas échéant, sujette à la procédure de référendum facultatif.

Enfin, le Conseil fédéral fixera la date d'entrée en vigueur des modifications et coordonnera les travaux d'adaptation de l'ordonnance d'exécution (OAIE). Les cantons pourront alors adapter leurs propres législations en conséquence.

Bien que le chemin précédant l’éventuelle entrée en vigueur du texte soit encore long, il s’avère nécessaire, pour les différents acteurs du marché immobilier suisse, de suivre avec intérêt l'évolution de ce dossier et d’anticiper les conséquences potentielles de ce texte sur leurs activités.

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Antonin Weyeneth

Senior Manager, Tax, PwC Switzerland

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