En juillet 2026, la Commission européenne a publié des lignes directrices relatives au règlement européen sur le travail forcé (« Forced Labour Regulation », FLR). Ce règlement interdit la mise à disposition sur le marché de l’UE ainsi que l’exportation depuis l’UE de produits fabriqués au moyen du travail forcé. Tout manquement peut entraîner le retrait obligatoire des produits concernés, leur saisie par les autorités douanières et l’imposition de lourdes sanctions financières. Son champ d’application s’étendant à tous les produits et à toutes les entreprises, le moment est venu de faire le point. Le règlement sera applicable à compter du 14 décembre 2027, ce qui laisse peu de temps pour s’y préparer.
Principaux enseignements
Le FLR ne s’inscrit pas dans une démarche isolée. Il fait partie d’un effort plus vaste de l’UE visant à intégrer le devoir de vigilance en matière de droits humains dans les pratiques commerciales, aux côtés notamment de la directive sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD), de la directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CSDDD), du règlement européen sur les batteries (EUBR) et du règlement européen sur les minerais provenant de zones de conflit (EUCMR). Tous ces textes reposent sur le même socle conceptuel : les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme et les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales. Ces cadres de référence, établis de longue date et d’application volontaire, sont désormais intégrés dans des règles juridiquement contraignantes.
Ce programme ne se limite pas à l’UE. La Suisse dispose de sa propre loi fédérale sur la gestion durable des entreprises (LGDE), qui prévoit des obligations de reporting et de diligence raisonnable dans les chaînes d’approvisionnement. Les entreprises suisses présentes dans l’UE sont déjà confrontées à des attentes proches de celles de la CSDDD. Le FLR ajoute un volet distinct et, à certains égards, plus strict.
Contrairement à la directive CSDDD ou à la directive CSRD, le FLR ne relève pas d’un dispositif de publication d’informations, mais une réglementation régissant l’accès au marché. Sa logique est simple : si du travail forcé est détecté à n’importe quelle étape de la fabrication d’un produit, ce dernier peut se voir interdire l’entrée sur le marché de l’UE ou la sortie de celui-ci.
| Dimension | Détail |
| Champ d’application | Tous les produits, tous les secteurs et toutes les tailles d’entreprise, sans seuil |
| Portée géographique | Produits fabriqués dans ou hors de l’UE |
| Acteurs concernés | Importateurs, fabricants, distributeurs, détaillants, exportateurs |
| Date d’application | 14 décembre 2027 |
| Nature | Interdiction d’accès au marché, et non une simple obligation de publication d’informations |
| Sanction indicative maximale | Jusqu’à 4 % du chiffre d’affaires annuel mondial |
Aucun seuil minimal de contenu issu du travail forcé n’est requis pour qu’un produit entre dans le champ d’application : un seul composant non conforme au sein d'un produit par ailleurs exempt de toute irrégularité suffit. Les conséquences peuvent inclure le retrait forcé du marché, l’élimination ou la destruction obligatoire des marchandises ainsi que des sanctions financières. Le travail forcé devient ainsi un risque commercial fondamental, et non une simple question de développement durable.
Sommes-nous en mesure de défendre l’intégrité des produits et composants que nous mettons sur le marché de l’UE ?
Les lignes directrices décrivent un processus d’enquête clair en cinq phases, allant de l’examen initial à l’application des mesures aux frontières de l’UE :
Un thème récurrent est que le refus de coopérer aux demandes d’information sera fortement pénalisant pour une entreprise. La Commission européenne (pour le travail forcé hors de l’UE) et les autorités nationales (pour les cas au sein de l’UE) appliqueront une approche fondée sur les risques, en hiérarchisant les cas selon l’ampleur et la gravité du travail forcé allégué, le volume des produits concernés sur le marché de l’UE et l’importance du composant incriminé, le travail forcé imposé par un État étant traité comme une catégorie prioritaire. Les importateurs sont désignés comme des cibles probables, car ils constituent souvent le premier maillon de la chaîne d’approvisionnement relevant de la juridiction de l’UE.
Le travail forcé imposé par un État désigne un travail ou un service exigé d’individus par un gouvernement sous la menace de sanctions, sans leur consentement libre, à des fins de développement économique, de répression politique ou de discrimination envers certains groupes. Il comprend le travail carcéral coercitif, la conscription abusive et la participation obligatoire à des projets étatiques. La contrainte émanant de l’État lui-même, les entreprises disposent d’une marge de manœuvre limitée pour l’atténuer ou remédier directement à la situation. Les réponses reposent donc généralement sur des approches collectives, telles que des initiatives sectorielles, une traçabilité renforcée et le dialogue avec les gouvernements et les instances internationales. Le désengagement responsable de la chaîne d’approvisionnement concernée reste une solution de dernier recours.
| Approche en matière de sanctions | Base de calcul | Fourchette indicative |
| Basé sur le produit | Coefficient de gravité × durée | 0–60 % de la valeur du produit, selon le niveau de gravité |
| Basé sur le chiffre d’affaires | Gravité de l’infraction | Jusqu’à 4 % du chiffre d’affaires annuel mondial |
Plutôt que de traiter le FLR comme un exercice isolé, les entreprises qui anticipent ces évolutions l’alignent sur l’architecture en six étapes de l’OCDE qui sous-tend également d’autres réglementations, dont la CSDDD :
Conçu de cette manière, un système de gestion unique permet de répondre simultanément à plusieurs exigences réglementaires, ce qui réduit la duplication des efforts entre les fonctions juridiques, d’achats, douanières et de développement durable, tout en diminuant le coût global de la conformité.
Les priorités sont notamment les suivantes :
Disposer d’un protocole clair pour la conduite des enquêtes et la réponse aux incidents – définissant le rôle de chacun, les modalités de recours à des conseils externes et le processus de remontée des décisions commerciales – n’est plus une simple option, mais une nécessité pratique.
Le FLR transforme un défi de conformité complexe et multijuridictionnel en une réalité commerciale concrète : en cas d’erreur, les produits risquent de ne pas atteindre le marché. Pour les entreprises établies en Suisse déjà soumises aux obligations de la LGDE et suivant l’évolution de la CSDDD, la question n’est pas de savoir si elles doivent agir, mais plutôt comment planifier les différentes étapes et intégrer efficacement cette démarche.
Nous serions ravis d’échanger avec vous sur la manière dont le FLR s’applique à votre chaîne d’approvisionnement.
Dora Forgacs